Confiture banane, rhum et noix de coco 2


Après avoir fait le gâteau peau de banane de Froth, vous aurez sûrement le même problème que nous : des tas de bananes épluchées dont vous ne savez que faire.

 

Pour recycler les déchets, j’ai décidé d’utiliser les bananes pour en faire de la confiture. Mais pas n’importe quelle confiture. Non, de la confiture banane (= un des fruits les plus caloriques du monde, car hyper riche en glucides), noix de coco (idem, mais en version lipides) et rhum (de l’alcool, donc). A cela, comme dans toutes les confitures on rajoutera une tonne de sucre raffiné, afin d’obtenir un produit complètement déséquilibré d’un point de vue nutritionnel.

 

Maintenant que cette introduction vous a fait envie, je précise que le goût est vachement bon, et que si vous mangez suffisamment de tartines, vous aurez des chances d’être ivre au petit dej’. Deux avantages non négligeables.

 

 

Les ingrédients de la confiture banane rhum coco :

1. confiture banane coco rhum ingrédients

  • Des bananes
  • Du lait de coco
  • Du citron
  • Du sucre
  • Du rhum

 

Je vous indiquerai les proportions plus tard, comme ça vous ne saurez pas combien en prendre au moment de faire vos courses.

 

La recette :

2. bananes

Coupez les bananes en rondelles et pesez-les.

Ajoutez les 2/3 du poids des bananes en lait de coco.

Ajoutez les 3/4 du poids (bananes + lait de coco) en sucre.

Posez 2, retenez 1, faites une règle de 3 et dérivez deux fois.

Ajoutez un jus de citron.

Ajoutez du rhum selon vos goûts. Ne laissez pas votre oncle alcoolique le faire à votre place, sous peine de finir vos brunchs en black-out.

 

Mettez le tout dans votre superbe bassine à confiture tout en cuivre Mauviel si vous avez des parents qui vous aiment et qui vous en ont offert une à Noël. Sinon, mettez dans une casserole.

3. ébullition

Portez à ébullition, puis laissez frémir 40 minutes. Quand les bananes ont une belle couleur dorée et que la confiture commence à gélifier, coupez le feu et mettez en pots. Retournez les pots et laissez refroidir. Faites de jolies étiquettes « Confiture banane et gnôle », et offrez-en à votre grand mère.

4. pots

 

5. confiture banane coco rhum

 

Construisez votre héritage gustatif :

Ne lavez pas la bassine à confiture tout de suite, malheureux ! Laissez un peu tiédir et récupérez toute la confiture résiduelle avec un bout de bonne baguette.

 

Si vous avez des enfants, sacrifiez-vous et donnez-leur le bout de pain plein de confiture tiède. Ma maman faisait ça avec la confiture de framboise et c’était un bon investissement-mémoire : je m’en souviendrai toute ma vie, de cette odeur de fruits cuits, des doigts collants de sucre, et du sentiment de mériter cette tartine pour avoir cueilli les fruits juste avant…

 

Mais cessons là ce sentimentalisme dégoulinant. Du rhum, de la noix de coco, des bananes, ça sent l’exotisme et l’Amérique du sud, tout ça… Faisons donc un petit point historico-politique sur cette belle région.

 

La république bananière : tout un concept

Une « république bananière » regroupe plusieurs notions dans une même expression. Les caractéristiques principales d’une république bananière sont ainsi :

  • Un pays peu développé
  • Dirigé par une ploutocratie autoritaire
  • Soumis aux intérêts de multinationales agroalimentaires
  • Et qui, comme son nom l’indique, produit des bananes

 

Point lexical : une ploutocratie, contrairement à ce que beaucoup pensent, n’est pas un régime politique dirigé par le chien de Mickey. C’est un système où les plus riches détiennent le pouvoir.

Exemple : la planète Terre.

Par extension, aujourd’hui, on utilise ce terme pour désigner le pouvoir d’influence des multinationales et des lobbies.

Exemple : la planète Terre.

 

Le nom de « république bananière » comprenant ces notions d’intérêts politiques, a été défini par l’écrivain O. Henry, qui a beaucoup plus marqué mes recherches Wikipédia que l’histoire de la littérature américaine. Il a tiré ce nom de la United Fruit Company, compagnie fruitière symbole de l’impérialisme américain à la fin du XIXème et pendant toute la première partie du XXème.

 

United Fruit Company : une bien belle entreprise

United Fruit Company

Grâce à son monopole complet sur la production et l’exportation des fruits exotiques, la United Fruit Company a réussi à influencer, voire à provoquer complètement des actions très louables comme :

  • Empêcher l’accès à la propriété pour les petits cultivateurs en Amérique du Sud
  • Monopoliser la quasi-totalité des terres fertiles sur la côte pacifique au Guatemala
  • S’approprier des services publics comme l’eau, l’électricité les télécom ou les transports
  • Accuser le président élu Jacobo Arbenz au Guatemala d’être marxiste, et donc provoquer le coup d’Etat de Carlos Castillo Armas. Bilan : 30 ans de guerre civile, plus de 200 000 morts, et une instabilité à long terme du pays.
  • Corrompre à hauteur de 1,25 millions de dollars le président du Honduras Oswaldo Lopez Arellano pour payer moins de taxes d’exportation.
  • And so on…

 

United fruit company

D’un coup d’œil averti, on remarque qu’ils n’ont pas l’air très sympathique.

On notera également leur éthique débordante dans la façon de traiter leurs employés, puisque ces derniers se voyaient payés majoritairement en bons d’achats, uniquement valables dans les magasins de la United Fruit Company. LOLILOL !

 

Bon, il faut dire que les travailleurs ne se plaignaient pas trop, sinon ça donnait par exemple le « Massacre des bananeraies » en Colombie en 1928 : des négociations syndicales plutôt détente, au cours de laquelle l’armée a tout simplement ouvert le feu sur les grévistes de la United Fruit Company. Le bilan des morts reste encore aujourd’hui inconnu, ce qui en dit long sur comment on considérait les travailleurs sud-américains à l’époque.

 

Alors juste, quand même, parce que là on parle de centaines de milliers de morts, de déstabiliser des pays, de martyriser des populations, de remettre en cause leurs droits et leur démocratie, remettons les choses en contexte : TOUT CA POUR DES PUTAINS DE BANANES.

big-dancing-banana-smiley-emoticon

Voila voila. Du coup, la prochaine fois, prenez des fruits « commerce équitable » pour faire votre confiture banane rhum coco, hein.

 

Pour terminer sur une note pas tellement plus sympa, mais beaucoup plus jolie, je vous laisse lire le poème de Pablo Neruda sur la United Fruit Company.


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2 commentaires sur “Confiture banane, rhum et noix de coco

  • Lallie Pat

    J’aime beaucoup votre manière de traiter, à partir d’une simple recette de cuisine, un sujet aussi difficile que celui_ci, avec force documentation et liens intéressants.
    Habitant la Martinique, ce sujet est quelque peu tabou ici, on ne parle pas … La banane c’est du travail point c’est tout !!! Donc, une petite lumière au bout du couloir et je suis venue voir plus loin et j’ai bien aimé… le sujet, le ton, les annexes… et puis votre manière de présenter la recette, je dois avouer qu’elle m’a fait beaucoup rire. Merci

    • Pollux Auteur du billet

      Chère Lallie Pat,

      Merci beaucoup pour votre commentaire! Comment êtes-vous arrivée sur l’article?

      Très contente de vous avoir fait rire, et si la façon d’aborder les républiques bananières vous a parlé. C’est en effet un sujet encore très peu abordé. Espérons que cela change!

      A bientôt, bonne cuisine et bonne lecture 🙂