Lait de jument 1


Dans la liste des aliments bizarres, j’ai récemment acheté une mini bouteille de lait de jument. Pourquoi mini ? Parce que ça coûte un véritable testicule (pas loin de 10 euros du litre). Donc j’étais curieux, mais pas (complétement) fou non plus. J’ai trouvé (Magasin Grand Frais de Metz – Borny) des mini bouteilles de 20cl, soit même pas une canette. Et ça coûte quand même déjà trois balles. Mais bon, puisque ça pouvait éventuellement me permettre de devenir le plus grand chef de guerre sanguinaire de l’Histoire, je me suis dit que ça valait le coup.

C’est parti pour la recette.

Ingrédients:

  • Lait de jument

Mettre le lait dans un verre propre. Boire.

Variante mongole traditionnelle: mettre le lait dans un crâne humain sale. Boire.

Lait de jument

Verdict:

Beaucoup trop cher pour ce que c’est. Ça n’a rien de dingue. En fait, le lait est vraiment moins gras que le lait de vache. Je ne sais pas si vous voyez sur la photo, mais le lait est beaucoup plus translucide, on dirait du lait de vache coupé avec de l’eau. Au goût, c’est plus végétal. Honnêtement j’ai eu l’impression de boire un lait de riz ou d’amande. On le compare parfois au lait de coco, il a effectivement une consistance très liquide et un petit goût sucré.

Par ailleurs, il parait que le goût change fortement en fonction de la période de l’année (car la jument change d’alimentation). Son goût est ainsi beaucoup plus fort pendant la période estivale (où il devient également plus jaune).

Lait de poney, d’où viens tu ?

Alors, il parait que les races utilisées pour ce lait sont les Boulonnaises, des Ardennaises, des Traits du nord, des Poitevines et des Percheronnes. En fait, il n’y a pas vraiment de race laitière. On choisit donc toutes les races hyper calmes avec l’homme (parce qu’on va leur tripoter les miches tous les jours notamment) et capables de produire suffisamment de lait pour le poulain et la traite (= gros boobs de poneys).

Attention à ne pas se faire berner

Attention à ne pas se faire berner

En effet, dans la traite des juments, on ne fait que prélever un peu de lait tout en laissant le poulain (toute la journée) avec sa mère. Ce qui n’est pas le cas de la traite des vaches où on sépare souvent très vite le veau de sa mère pour le lancer dans un laminoir et en faire des steaks hachés de basse qualité. C’est la même méthode si le troupeau appartient au groupe Findus par contre.

Cas pratique

Ce qui m’amène à ma première interrogation. Un végan refuse de consommer du lait car dès qu’il y a exploitation animale, c’est déjà dead (même du miel..). Je trouve cela un peu radical. Je peux toutefois comprendre qu’on refuse de consommer du lait d’une maman à qui on a enlevé son enfant. (Il m’arrive moi-même de ne pas boire de lait certains matins, mais plutôt pour des raisons logistiques en fait. Aucun rapport finalement).

Existe-t-il donc des gens qui consomment du lait de jument par exemple car le poulain n’est pas retiré (et non destiné à la consommation humaine) et si oui, comment s’appellent-ils ? Merci.

Composition

C’est un lait qui contient énormément de vitamine C (6 fois plus que le lait de vache par exemple), beaucoup de lactose mais très peu de lipides. Le lait de jument contient ainsi deux fois moins de matière grasse que le lait de vache, ou le lait humain. Cela s’explique principalement par le fait que le canasson n’est pas un ruminant et qu’il absorbe les lipides de son alimentation de façon non modifiée par son intestin grêle. Exactement comme l’humain donc, sauf que nous, on mange autre chose que des graines et des brindilles (sauf certains Parisiens que l’on croise surtout en brunch le weekend. Méfiez vous de leur lait donc).

Le lait est ainsi une solution colloïdale parfaite. C’est à dire entièrement stable. Si vous laissez reposer du lait de vache, vous aurez rapidement une couche de crème à la surface. C’est impossible avec du lait du jument.

Par ailleurs, ce lait contient jusqu’à deux fois moins de caséine que le lait de vache. La caséine est un des allergisants les plus puissants contenus dans le lait. Ce lait est donc souvent bien mieux toléré par les personnes intolérantes au lait.

Avec le lait d’ânesse, il s’agit du lait le plus proche du lait humain (Sûrement parce que personne ne s’est lancé dans le lait de chimpanzées soit dit en passant). Mais bon… avant de vouloir le meilleur pour votre bébé, n’oubliez pas que cela coûte quand même 10 fois plus cher que le lait de vache. Quand on aime, on ne compte pas, mais il y a des limites.

Histoire et symbolique

Historiquement, c’est un lait qui est principalement consommé dans les pays de l’Ex Union Soviétique. Vous savez, ces pays que vous êtes incapables d’épeler et de placer sur une carte comme le Kirghizistan. (Selon Wikipédia, le pays n’a même pas de devise nationale).

Sa consommation remonte à la préhistoire et a longtemps été vitale pour ses peuples qui ont très peu accès aux fruits et légumes et qui risquent dont de présenter de fortes carrences en vitamine D et C. (Enfin, ça c’était avant la choucroute).

Le lait y est conservé sous forme fermentée, comme le kéfir ou le kumiz.

C'est quand même plus drôle qu'une cannette de Coca

C’est quand même plus drôle qu’une cannette de Coca

Les Bouriates (une ethnie mongole qui vit en Sibérie) traient par exemple les juments uniquement en été et conservent le lait fermenté dans des poches de cuir jusqu’en hiver. Autant vous dire que si un Bouriate vous voyait jeter une bouteille de lait que vous aviez oublié de ranger au frigo la veille, il se foutrait bien de votre petite gueule.

Un bouriate qui se fout bien de votre petite gueule.

Un Bouriate qui se fout bien de votre petite gueule (vous remarquerez que ce n’est pas la même méthode que chez nous)

La boisson fermentée porte le nom d’Aïrag en Mongolie. Une sacrée diversité de boissons fermentées donc, et l’explication est tout simplement chimique !

Rien à voir avec la drogue par contre, c’est juste que le lait de jument, de part sa composition ne peut pas cailler. On ne peut donc pas en faire du fromage ou du yahourt, technique utilisée en Europe pour conserver le lait sur de longues périodes. On ne peut pas non plus en isoler la matière grasse, donc n’espérez pas vous faire des pâtes à la crème de jument et encore moins de tartines de beurre.

Bon, mais alors aujourd’hui ça fait très petit « Petit Poney » et boisson New Age pour néo hippies. Mais à l’époque, le lait de jument c’est avant tout une boisson d’hommes bien virils qui adoraient piller les femmes et violer les troupeaux.

Allez leur dire que c'est une boisson bio très bonne pour la peau

Allez leur dire que c’est une boisson parfaite pour les intolérants au lactose.

En 1201, Gengis-Khan s’apprêtait à se taper les Taïtchi’out dans la vallée de l’Onon. Manque de pot, deux chefs Taïtchi’out (il semble que cela ne s’accorde pas) As Known As A’outchouba’atour et Hodoun-ortchang l’attendaient derrière la rivière. Grosse baston toute la journée et à la nuit tombante, on fait une pause et les deux armées installent leurs campements de chaque côté de la rivière pour la nuit. (De vrais gentlemen en somme).

C’est là que Gengis se rend compte qu’il a été légèrement blessé pendant la baston puisqu’une flêche a traversé son cou de part en part. L’un de ses quatre chiens féroces, le fidèle Djelmè, de la tribu des Ouryangqat (des chasseurs cueilleurs sibériens qui ont par ailleurs inventé les skis et les bâtons) essaye de le soigner selon la méthode traditionnelle mongole qui consistait à s’allonger contre Gengis et à lui sucer la blessure jusqu’à ce celà s’arrête de pisser le sang. Cela s’arrête enfin de saigner vers minuit.

Gengis déclare alors « j’ai soif putain d’sa mère« . Assez logique pour quelqu’un qui avait perdu la moitié de son sang. Sauf qu’il n’y avait strictement rien de sympatoche à boire dans leur campement et que toutes les superettes du coin étaient fermées (je vous rappelle qu’il était minuit et qu’on n’était pas à Manhattan mais dans vallée de l’Onon – vallée que Googlemaps ne sait pas localiser). Djelmè, en vrai baddass, traverse la rivière, rentre dans le campement des méchants (sous réserve que GenGen soit un gentil tout de même) et subtilise une jatte de lait fermenté de jument directement dans une des tentes. Il revient, délaye le lait dans de la flotte et en file à Gengis. Après seulement trois gorgées, il s’exclame: « Voici que mes yeux recommencent à voir clair« . Il se réveille, se rend compte qu’il patauge dans une marre de son propre sang et que son pote lui a sucé le cou toute la nuit puis risqué sa vie pour aller lui chercher du Yop de poney. Gengis-khan fut ému d’un tel dévouement. Et on en resta là.

Toute l’anecdote (et la vie de GenGen) est dispo gratuitement dans Le Conquérant du Monde (vie de Gengis Khan) par René Grousset.

histoire pour enfants mongoles

Un excellent livre pour tous les enfants mongols.

 


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