Saka saka de Brazzaville


Je ne sais pas si je vous ai dit, mais j’ai vécu quelques années en Afrique Centrale, notamment au Congo, en RDC et au Cameroun. Par ailleurs, l’ensemble de mes expériences de vie peut être classé en deux catégories :

  • Bouffe
  • Accidents

Au Congo, j’ai donc eu le loisir d’apprendre à cuisiner le saka saka, plat emblématique du pays, avant d’avoir un accident et de me faire rapatrier.

Ma vie est binaire.

Comme je suis partageuse et que je sais que mon plaisir à parler du Congo n’a d’égal que votre curiosité à découvrir des cuisines exotiques, je vous présente donc ici la recette du délicieux saka saka congolais, transmise par mon amie Nadège.

 

Ingrédients

1. saka saka ingrédients

  • 500 grammes de feuilles de manioc pilées (saka saka, ou pondu). Vous pouvez en trouver dans les épiceries africaines. Si vous habitez Paris, allez vers Château Rouge dans les boutiques ou auprès des vendeurs informels de la rue des poissonniers.

Plein de légumes :

  • Une branche de céleri
  • 1/2 aubergine
  • 1/2 courgette
  • Ciboule
  • Persil
  • Oignon
  • On aurait pu aussi ajouter : du chou blanc, du poivron vert, etc.

Aromates :

  • Sel
  • Bouillon cube (j’ai utilisé un cube de légumes, mais là-bas on utilise les « kub’or »)
  • Poivre blanc
  • Poivre noir
  • Noix de muscade
  • Gingembre
  • Laurier
  • Ail

Du gras et du sucre :

  • Sucre
  • Pâte d’arachide
  • Huile végétale

Optionnel :

  • Du poisson fumé (toujours rue des poissonniers)
  • Des crevettes crues épluchées

 

Recette :

Faites bouillir les feuilles de manioc avec de l’eau sans couvrir la casserole.

2. bouillir

Attention, petit détail qui a son importance : des feuilles de manioc insuffisamment cuites contiennent du CYANURE et provoquent donc la MORT. Si, par chance, les quantités sont trop petites pour vous tuer, cela peut tout de même provoquer de l’hypothyroïdie, et l’apparition d’un goitre, autrement appelé « couillo-mentonite ».

 

Quand je vous dis de faire bouillir les feuilles, il s’agit donc de les faire bouillir au moins deux heures, en rajoutant de l’eau quand nécessaire.

 

3. émincer

Émincez tous les légumes et les herbes. Ajoutez-les au saka saka, ainsi que le laurier, le gingembre haché, la muscade, le sel, le poivre, une cuillère de sucre (pour tuer l’amertume) et le bouillon cube émietté. Laissez mijoter encore une bonne heure. Les légumes ne doivent presque plus être visibles.

4. légumes

 

Une fois le tout bien cuit et l’eau absorbée, mettez de l’huile à chauffer dans une grande marmite.

Ne soyez pas chiche sur l’huile : ce plat est censé être un bon plat réconfortant et très nourrissant, pas la clef de votre régime bikini. Je dirais donc au moins 4 ou 5 cuillères à soupe, là. Oui je sais, c’est énorme.

Faites-y frire l’ail et l’oignon émincés jusqu’à ce que les voisins se plaignent.

Renversez le saka saka dessus, et mélangez bien.

5. oignons

 

A la base, dans la recette, c’est de l’huile de palme qu’on utilise, bien orange, qui bouche bien les artères, et qui détruit allègrement les forêts équatoriales. Par souci de survie des orang-outans et de nous-mêmes, j’ai choisi de la remplacer par de l’huile végétale isio 4, tout ce qu’il y a de plus normal pour la santé.

 

Ajoutez de la pâte d’arachide, à raison de 2 ou 3 grosses cuillères à soupe, et laissez cuire encore 10 – 15 minutes

6. pate darachide

Si vous le souhaitez, ajoutez des morceaux de poisson fumé émietté et des crevettes. C’est vraiment excellent, et c’est du saka saka à la mode de Pointe-Noire, dans ce cas, puisque ce sont eux qui ont la mer et les poissons. Si vous ne comprenez pas ce que je dis, cherchez « Congo » sur google maps, ce sera déjà ça que vous aurez appris aujourd’hui.

 

Servez avec du riz (je tolère le pilaf pour cette recette) ou des bananes plantain cuites à la vapeur, et des bâtons de manioc (chikwangue).

En condiments, à côté : de la purée de piments et du maggi 🙂

7. saka saka

 

Le manioc

Originaire d’Amérique du sud, et toujours consommé notamment au Brésil, le manioc est la base de l’alimentation au Congo et dans moult pays africains. En témoigne cette photo que j’ai prise à Accra, et que j’ai toujours trouvée assez cocasse :

manioc dans un bus

Je suis un peu emmerdée : je me demande si ce ne sont pas plutôt des ignames… Enfin la photo est bien quand même.

 

Le tubercule est principalement consommé sous forme de bâtons de manioc (appelés chikwangue en RDC). On peut aussi en faire une farine qu’on fait cuire dans de l’eau bouillante, soit toute seule, soit mélangée avec de la farine de maïs, et avec laquelle on forme ensuite des boules moelleuses qu’on appelle foufou. Ce n’est pas sans évoquer la polenta, par exemple.

 

Le chikwangue aussi bien que le foufou sont servis en accompagnement des plats, surtout des plats en sauce. On s’en sert un morceau avec les doigts, et on saisit la nourriture avec.

 

Le chikwangue

8. chikwangue

 

9. chikwangue

Le tubercule de manioc, comme ses feuilles, peut être toxique s’il est mal préparé et notamment mal cuit. La préparation du chikwangue est donc longue et doit être faite avec attention, sous peine d’être dégueulasse au goût, et par ailleurs de donner la mort. Une bonne motivation, même si vous êtes un peu souillons, donc.

 

La préparation du chikwangue :

Les tubercules sont épluchés, et mis à tremper dans de l’eau pendant au moins une semaine. Donc déjà, il faut penser à être prévoyant, ou alors n’avoir vraiment pas faim tout de suite.

On les émiette à la main, pour en faire une charpie grossière, qu’on laisse ensuite égoutter.

On écrase cette charpie à l’aide d’un cylindre de bois sur une grande planche, en ajoutant de l’eau au fur et à mesure pour former une pâte. Cette opération est répétée plusieurs fois, jusqu’à arriver à une pâte assez homogène.

Le manioc est écrasé avec un cylindre en bois

 

Manioc

 

Une fois j’ai essayé de le faire, mais ça réclame deux choses que je n’ai pas : de la force dans les bras, et de la persévérance, parce que ça dure des heures. Mes performances minables ont bien fait rigoler les deux femmes avec qui je faisais le manioc, qui m’ont prise en photo en se poilant, jusqu’au moment où elles m’ont repris le cylindre en bois des mains avec ce commentaire-sanction : « bon, très bien, maintenant il faut qu’on avance, quand même ».

 

La pâte ainsi obtenue est cuite une première fois à la vapeur, en gros paquet dans des feuilles.

Première cuisson

 

On pétrit cette préparation brûlante à la main, puis on forme des pains, dont la forme et la taille varient selon les géographies, et on l’emballe dans des feuilles.

Activité la plus douloureuse de ma vie

 

Emballage du bâton de manioc dans des feuilles

 

A ce stade là, j’ai voulu tenter ma chance également. Sauf qu’en fait, il s’agit de malaxer à pleines mains une préparation qui vient de cuire à la vapeur pendant 2h. Autant dire que c’est chaud. Et c’est une pâte super collante, genre caoutchouc fondu. J’ai donc plongé mes mains dans le bazar pour les retirer aussitôt, en hurlant « putain mais c’est chaud », et en agitant frénétiquement mes mains sur lesquelles le manioc est resté solidement accroché, jusqu’à ce que je sois bien brûlée au 2ème degré.

Heureusement j'ai fait preuve d'un self control qui m'a fait honneur.

Heureusement j’ai fait preuve d’un self control qui m’a fait honneur.

Enfin, ces « pains » sont à nouveau cuits à la vapeur, bien emballés dans leurs feuilles. On déballe le manioc seulement au moment de le manger, ce qui permet de le conserver et de le transporter facilement.

 

Voilà voilà, vu le nombre de personnes qui m’ont déjà dit « ah mais j’aimerais trop connaître la cuisine africaine, mais je ne sais même pas où aller ou quoi commander », je vous encourage vivement à goûter ce saka saka qui est franchement trop bon, très facile à faire, et qui vous fera sans problème récupérer les kilos perdus lors de votre dernière crise de palu.

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