Falafels 6


Si Dieu existe, on peut dire qu’il a fait un beau boulot. Par exemple séparer la terre du ciel et de l’eau, c’était franchement brillant. Néanmoins et sans vouloir lui retirer un quelconque crédit, les humains aussi ont inventé deux ou trois trucs assez dignes d’exister. J’ai nommé le falafel.

 

Chaud et croustillant, vegan mais pourtant gras, servi avec plein de crudités dans un petit pain pita tout frais le falafel est juste le comble du délice, l’accès au divin, le plaisir sans entrave.

 

Il y a tout un débat sur le fait que l’on doit faire les falafels avec des pois chiches ou avec des fèves, sur lequel chacun a évidemment une opinion très affirmée et incompatible avec l’autre. Pour ma part, je vous présente ici une recette à base de pois chiches, et si vous n’êtes pas content, bah allez voir des sites spécialisés dans les fèves, qu’est ce que vous voulez que je vous dise.

 

Ingrédients

1. ingrédients falafel

Pour les falafels

  • 200 grammes de pois chiche secs
  • 1 oignon
  • 2 gousses d’ail
  • Du persil plat
  • De la coriandre fraîche
  • De la menthe fraîche
  • 1 cuillère à café de coriandre moulue
  • 1 cuillère à soupe de cumin
  • ½ cuillère à café de bicarbonate de soude

Pour la friture

  • Énormément d’huile

4. ingrédients garniture

Pour le service

  • Du tahine
  • Du citron
  • 1 gousse d’ail
  • Une aubergine
  • Des pains pita
  • Du chou rouge
  • Des carottes
  • De la salade
  • Encore du persil plat

 

Préparation des falafels

La veille, mettez à tremper les pois chiches dans de l’eau fraîche. Laissez réhydrater toute la nuit.

Le jour même, émincez l’oignon, effeuillez les herbes, mettez le tout avec les pois chiches, les épices, le bicarbonate, du sel et du poivre dans le mixer. Appuyez sur le bouton jusqu’à obtenir une pâte homogène.

2. mixer

 

Jusqu’ici, rien de bien compliqué. Ça tombe bien, ça ne se corse pas du tout par la suite.

Tassez la préparation dans un bol ou un tupperware et réservez-la au frigo pendant quelques heures. Sinon, vous pouvez aussi attendre le lendemain mais dans ce cas j’espère vraiment que vous aviez lu la recette avant et que vous ne comptiez pas manger vos falafels tout de suite.

3. tasser

 

Si vous faites vous-mêmes vos pains pita, lancez les maintenant pour que la pâte lève en même temps que les falafels reposent, sinon vous allez encore devoir attendre 1h avant de passer à la suite.

 

Pendant ce temps, vous pouvez regarder West Beyrouth, un excellent film de Ziad Doueiri.

Quand vous aurez bien chialé, passez à la suite de la recette.

 

La garniture

Coupez les aubergines en gros cubes et mettez-les dans une casserole. Arrosez-les très généreusement d’huile d’olive. Et nous sommes dans un référentiel libanais, là. Donc quand je dis « très généreusement », oubliez toute retenue. Couvrez la casserole et laissez cuire à feu doux.

5. aubergines

 

Pendant ce temps épluchez les carottes et râpez-les. Émincez également le chou rouge. Coupez la salade. Réservez ces crudités dans une grande assiette, ou une petite, mais ce sera moins pratique, je vous préviens.

C'est un véritable festival de couleurs.

C’est un véritable festival de couleurs.

 

Enfin, la sauce. Mélangez le jus d’un citron avec 2 cuillères à soupe de tahine et une gousse d’ail hachée. Salez et poivrez. La sauce doit être fluide mais nappante, à peu près comme une pâte à crêpe.

 

Dressage

Oui, j’emploie le mot dressage alors qu’il s’agit d’un simple sandwich, c’est ma liberté d’esspression. Et toc !

 

Faites chauffer votre huile à 190°. Formez des boulettes avec la pâte à falafel à l’aide de deux petites cuillères ou, si vous en avez (mais honnêtement, à part si vous êtes une maman libanaise de plus de 50 ans, j’en doute), utilisez un moule à falafel. D’ailleurs, au passage, si vous en avez un en trop et que vous aimez ce blog, n’hésitez pas à me l’envoyer en cadeau.

7. boulettes

 

Faites cuire les falafels par petit nombre, jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés et faites-les égoutter sur du papier absorbant.

Dans ce cas, j'ai utilisé du PQ.

Dans ce cas, j’ai utilisé du PQ.

 

Ouvrez le pain pita et séparez-le pour en faire une petite cavité trop mignonne. Mettez-y des crudités et arrosez d’un peu de sauce au tahine. Posez les falafels dessus, et quelques aubergines à l’huile.

Servez sans attendre et profitez de la complémentarité parfaite de ce sandwiche : la boulette de pois chiche croustillante et chaude, les crudités croquantes et fraîches, la sauce au tahine acidulée et onctueuse,  les aubergines fondantes et aromatiques, le pain pita moelleux et doux …

 

9. falafel

 

Tempête dans le tahine

Avant, quand j’étais enfant, j’habitais en banlieue parisienne, dans une vie calme et tranquille, à la chaleur bourgeoise, pleine de confort, de sécurité et d’un bonheur de l’ordre du gros édredon.

 

Et puis j’ai vu Paris. Et à Paris, j’ai vu le Marais. Et dans le Marais, j’ai mangé un sandwich au falafel rue des rosiers. Avec toutes les crudités pleines de sauce au tahine, et les délicieuses boulettes de pois chiche croustillantes et trop chaudes, et les aubergines pleines d’huile d’olive, et le papier alu qui se déchire, mais que tu préfères en manger un bout plutôt que de perdre une miette du sandwich.

 

Et ma vie n’a plus jamais été la même. J’avais découvert ce qu’on appelle « la passion ».

 

SAUT TEMPOREL

 

Des années plus tard, j’ai rencontré des Libanais. Qui, eux aussi, mangent des falafels. Quand, ingénue et peu précautionneuse, je me suis exclamée « ah, j’adore les falafels, je vais tout le temps dans le quartier juif à Paris pour en manger », j’ai senti toute la tension de l’univers, étoile de la mort incluse, peser sur moi.

 

La donne libanaise en une boulette

Oui, il y a débat, et même débat nourri, autour de QUI a inventé le falafel. « N’y avait-il pas déjà assez de tension au Moyen-Orient ? », me direz-vous. D’évidence la réponse est non. Il faut toujours plus de puissance.

 

L’Etat libanais a même entamé des procédures judiciaires contre Israël, pour vol de propriété intellectuelle pour les falafels, mais aussi le taboulé et le houmous. Alors pour un Etat qui a déjà 2 ou 3 petits problèmes à régler, on peut se demander POURQUOI mettre tant d’énergie à établir que la boulette de pois chiches frite a été inventée quelques kilomètres plus au nord, ou quelques kilomètres plus au sud.

 

N’y voyez rien à extrapoler de façon plus générale, mais voici, en gros, une analyse de la situation :

falafel 2

 

Et voilà comment valsent les états et les institutions internationales, voilà comment va le monde, et pendant ce temps Ban Ki Moon ne dit RIEN, QUEDALLE SUR LES FALAFELS. C’est dégueulasse.


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6 commentaires sur “Falafels

  • Alfonce Fonce

    BravO !
    Sublime analyse géo-politique du boxon éternel au Proche-Orient !
    J’aime beaucoup !
    BravO !

    Bon alors, pour ma pômm’, de mon coté, j’m’a gourré !
    J’ai hydraté les pois chiches 24h.
    Puis je les ai mixés avec persil, ail, oignon, épices.
    C’était sec, j’ai mis un peu d’eau.

    Mais partout, on dit qu’il ne faut pas d’eau.
    Et dans la recette trouvée, je dois faire lever cette pâte 12h dans un endroit chaud ( GranD MystèrE GranD !!! Qu’est-ce qu’un endroit chaud ? Quelle température ? 20 ou 30 degrés ?!?? )

    Je vous en dirais plus plus tard !
    Quand j’aurais testé la cuisson !!!

    Martin

    • Pollux Auteur du billet

      Cher Martin, merci pour ce commentaire ! N’hésite pas à partager tes suggestions d’amélioration de la recette (ou tes solutions à la crise israëlo-palestinienne)

  • loljak

    Bon, la recette est très bonne, proche de celle que je pratique. Il faut juste préciser qu’il faut sécher les poids chiches avec soin.. non avec maniaquerie, avec obsession, en fait… la moindre trace d’humidité et paf le falafel dans l’huile!
    On peut aussi utiliser un hachoir à viande (Porkert, ou autre) pour obtenir la bonne consistance (des grains fins plutôt qu’une pâte), celle qui permet d’être sûr qu’ils seront croquants à souhait…
    Pour la partie la plus polémique, ça va être un choc… le falafel n’est ni libanais, ni palestinien, ni israélien. Les premières mentions de la spécialité sont égyptiennes à la fin du XIXème siècle. Le falafel serait une adaptation d’une recette indienne par les vendeurs de rue égyptiens. Ceux ci pouvait du coup fournir une nourriture proche de leur goût au soldats de l’Empire Britannique, majoritairement indiens. Ils adoraient les beignets de poids chiches ou de fèves, surtout bien épicés (falafel : piquant)… étude du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM)

    • Pollux Auteur du billet

      Hello!

      Désolée du temps mis à répondre à ce commentaire, pourtant FORT INTÉRESSANT.

      Tout à fait d’accord sur le fait qu’il ne faut pas trop mixer la pâte à falafel, sinon ça les rend moins croustillants, et un peu pâteux.

      Je reste en revanche un peu sceptique quant à l’origine du falafel en Egypte (même s’ils atteignent un degré de raffinement dans ce plat : ils en font des FARCIS!!!). Pouvez-vous me transmettre les références de l’étude dont vous parlez?

      Merci et très bonne journée!